À l’aube de mes vingt ans, aux portes de l’université et à l’entrée de ma vie d’adulte, je me questionne énormément sur le monde. Puisque je devrai débourser des sommes faramineuses pour avoir accès à l’éducation, et après avoir vu une photo sur Instagram, je me pose beaucoup de questions quant au partage des richesses. Sur cette photo, j’ai appris que si j’avais de la nourriture dans le réfrigérateur, des vêtements, un toit sur la tête et un endroit pour dormir, j’étais plus riche que 75 % des gens sur Terre, et que si j’avais de l’argent et que je pouvais aller où je le désire, je suis parmi les 18 % les plus riches. Mon salaire n’est-il voué qu’à engraisser les plus grandes fortunes ? Quelles sont les actions que je peux poser pour changer les choses ? Où est ma place dans cette économie ? Dans quelle tranche économique me situé-je ? Quelles sont mes devoirs en tant que consommateur ? Devrais-je me soulever contre ce système ou le défendre ? Est-il vraiment à mon service ? Dans une série d’articles traitant du marché économique et des inégalités de richesse, je vais tenter de répondre à ces questions que je crois fondamentales.

 

Un monde inégalitaire

Selon un rapport d’Oxfam publié le 16 janvier 2017, « huit hommes détiennent autant de richesses que les 3,6 milliards de personnes qui représentent la moitié la plus pauvre de la planète[1] ». C’est colossal. Imaginez ! HUIT ! Selon un article du site Économie durable, nous étions, au 1er janvier 2019, 7,637 milliards de personnes sur Terre[2]. Et seulement huit possèdent autant que la moitié ! C’est épouvantable de penser que ces personnes – tous des hommes – ont autant d’argent. Ils les ont mérités, ces billets, vous me direz. Certes, je ne remets aucunement en doute le fait que ces hommes ont travaillé d’arrache-pied pour être là où ils en sont aujourd’hui. Il ne faut cependant pas oublier que nous, chers Occidentaux consuméristes, sommes les artisans de leur fortune. Nous achetons leurs produits sans compter. Ne sommes-nous pas arrivés à l’étape de la redistribution ? Ainsi, quand on voit les Gates, Ortega ou encore Zuckerberg de ce monde accumuler milliards par-dessus milliards alors que des centaines de millions d’enfants à travers le monde meurent assoiffés et tenaillés par la faim, on peut commencer à se poser des questions. Selon le journal Le Monde, il faudrait investir 267 milliards jusqu’en 2030 pour éradiquer la faim dans le monde[3]. Les fortunes de ce monde sont gigantesques, certes, mais les besoins, eux, sont infiniment plus grands. Toujours selon Oxfam, « 500 millions de personnes [en Asie] sont engluées dans la pauvreté extrême, dont une majorité de femmes et de filles[4] ». On doit comprendre qu’en Asie, les femmes n’ont pas la même place dans la société. Dans les tranches les plus pauvres, les femmes et les filles occupent encore les rôles traditionnels, ce qui exclue l’éducation. Donc, il est normal de voir plus de femmes souffrir et être dans la misère. Bref, doit-on toujours soutenir les grandes richesses, ou devrions-nous commencer à envisager de changer les choses ?

Self-made man

Aujourd’hui, notre système économique et social favorise l’entreprenariat, partir de rien et arriver au sommet, détruire toute concurrence, devenir un grand self-made man. C’est un projet noble et louable ! Mais quand ce même projet implique de dévorer tous les profits, d’accumuler une montagne colossale de billets à la Picsou et de mettre un autre coup de pelle dans l’écart entre riches et pauvres, mais surtout quand le patron déshumanise ses actions et son entreprise, lorsqu’il est prêt à toutes les bassesses pour obtenir le moindre sou et quand il rongera le dernier os jusqu’à la moelle, c’est là que naît le problème. Quand tout est achetable, consommable et utilisable, à quoi cela vous sert d’entasser plus d’argent que des pays entier ?

Un État dans l’État

Les GAFA – Google, Amazon, Facebook et Apple – ont des revenus gargantuesques ! Dominant le marché internet, leur règne génère des profits défiant toute logique ! Selon un article publié le 5 février 2018, « les revenus cumulés des quatre grandes entreprises ont été multipliés par sept en dix ans, passant de 78 milliards de dollars à plus de 555 milliards[5] ». Si les GAFA formaient un pays, ils seraient la 22e puissance économique mondiale en termes de PIB nominal, derrière l’Argentine, mais devant la Suède[6]. Dites-moi, votre salaire a-t-il septuplé en dix ans ? Et vos dépenses, elles ? Croyez-vous que c’est par ces dépenses que vous aidez Gates et sa clique à gagner encore et toujours davantage d’argent ? De toute façon, Il est donc aisé de comprendre pourquoi leur dirigeant accumule des sommes astronomiques en termes de patrimoine financier. Pendant ce temps, des milliards de personnes peinent à se nourrir et à survivre. Selon la Banque mondiale, bien que la situation se soit améliorée, le nombre de personnes vivant avec moins de 1,90 $ par jour s’élève à 730 millions de personnes[7]. Si on devait comparer l’économie avec l’industrie laitière, on peut dire que certains n’ont qu’une vache malade produisant à peine de quoi remplir un verre, alors que d’autres ont une complète ferme laitière. Il serait peut-être temps d’imposer des quotas afin de s’assurer que chacun ait un verre de lait rempli. Il serait temps de s’ouvrir les yeux sur ce que nous faisons et sur ceux que nous affamons, car le nombre de personnes dévorées par la faim et la soif est encore trop élevé. Éveiller les consciences est déjà le premier pas, car il semblerait que ce ne soit pas tout le monde qui ait la même vache à lait.

 


[1]  RATCLIFF, Anna. OXFAM INTERNATIONAL, 16 janvier 2017, https://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2017-01-16/huit-hommes-possedent-autant-que-la-moitie-de-la-population

[2] AUTEUR INCONNU. Économie durable, 1er janvier 2019, http://economiedurable.over-blog.com/2018/12/la-population-mondiale-au-1er-janvier-2019.html

[3] VAN EECKHOUT, Laetitia. Le Monde, 10 juillet 2015, https://www.lemonde.fr/planete/article/2015/07/11/il-faut-investir-de-267-milliards-de-dollars-par-an-pour-eradiquer-la-faim-d-ici-2030_4679595_3244.html

[4] DOLORES BERNABE, Maria, Jessica HAMER et Mark FRIED. OXFAM INTERNATIONAL, 28 janvier 2015, https://www.oxfam.org/fr/rapports/lasie-la-croisee-des-chemins

[5] ARNULF, Sylvain. L’Usine digitale, 5 février 2018, https://www.usine-digitale.fr/editorial/infographie-plus-de-555-milliards-de-dollars-de-revenus-pour-les-gafa-en-2017.N649033

[6] Liste des pays par PIB nominal, dans Wikipédia, 8 mai 2019, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Liste_des_pays_par_PIB_nominal&action=history

[7] BANQUE MONDIALE, Rapport 2018 sur la pauvreté, https://www.banquemondiale.org/fr/research/brief/poverty-and-shared-prosperity-2018-piecing-together-the-poverty-puzzle-frequently-asked-questions

 

 

tommy